Bruxelles : vers une coalition sans le MR après 550 jours de blocage

par | 15 Déc 2025 | Actualité de Bruxelles

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Bruxelles : vers une coalition francophone sans le MR ?

Après plus de 550 jours de blocage, les « Engagés » jettent l’éponge dans les négociations pilotées par le MR et son formateur George Louis Boucher. Yvan Verougstraete propose désormais une alliance à quatre (PS, Engagés, Écolo, DéFI) qui totalise 36 sièges sur 72 députés, soit un siège de moins que la majorité requise. Cette initiative soulève autant d’espoirs de déblocage que d’interrogations sur la légitimité démocratique et la stabilité future du gouvernement bruxellois.

Une crise institutionnelle sans précédent

Bruxelles vit sous administration en code de crise depuis plus de 18 mois. Concrètement, la capitale belge est privée d’exécutif pleinement fonctionnel depuis octobre 2024, date à laquelle les négociations post-électorales ont achoppé. Le MR, premier parti francophone avec 26 % des voix et plus de 100 000 électeurs, désigne George Louis Boucher comme formateur. En pratique, ses tentatives pour rassembler une majorité incluant les libéraux et les écologistes flamands n’ont jamais abouti. À terme, cette paralysie pénalise la gestion des infrastructures, du logement et des transports dans une région qui concentre enjeux européens, économiques et sociaux.

La rupture opérée par les Engagés

Cassant les codes, Yvan Verougstraete annonce qu’il met un terme à la méthode MR – Open VLD et s’engage sur une piste exclusivement francophone. « Ce n’est pas de gaieté de cœur, mais c’est un choix de la raison », déclare-t-il. Concrètement, il cible une majorité PS-Engagés-Écolo-DéFI, qui détient 36 sièges. Pour franchir la barre symbolique des 37, il devra négocier un siège supplémentaire auprès du MR – contre toute logique d’exclusion – ou convaincre un élu indépendant. Cette volte-face marque la fin de la formule historique qui, depuis 2019, intégrait invariablement le principal parti francophone.

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Arguments pour : sortir de l’impasse

Pour ses partisans, cette réorientation est d’abord la preuve d’une volonté politique d’agir au lieu de prolonger l’impasse. En refusant de laisser le MR étouffer les discussions, les quatre partis proposent un socle programmatique plus cohérent sur les questions sociales, l’environnement et l’accueil des migrants. Ils avancent que la majorité mathématique est réaliste : il suffit d’un siège pour atteindre le nombre magique de 37, et le climat de crise pourrait alors céder la place à un exécutif stable. À leurs yeux, il est « grand temps de passer le relais » après plus de 550 jours de blocage.

Arguments contre : défiance démocratique

Cependant, l’exclusion du MR soulève un sérieux problème de légitimité. Le premier parti francophone, avec 26 % de l’électorat, se dit trahi et pointe une « méconnaissance du verdict des urnes ». En pratique, ignorer la formation qui a obtenu le plus de suffrages remet en cause les principes mêmes de représentativité. De plus, construire une majorité sur la base d’un accord fragile avec un indépendant ou un député MR en dernière minute introduit une instabilité permanente. Enfin, le MR redoute qu’une coalition hétérogène PS-Engagés-Écolo-DéFI se fissure dès les premiers arbitrages budgétaires ou sur la politique migratoire.

Légitimité et stabilité au cœur des débats

Sur le plan institutionnel, deux enjeux majeurs se dessinent : la confiance des Bruxellois dans leurs élus et la capacité à gouverner efficacement. La légitimité démocratique est mise à mal si l’électeur MR se sent dépossédé de toute influence. Or, la région bruxelloise vit des défis urgents : crise du logement, mobilité saturée, tensions communautaires. À terme, un exécutif perçu comme illégitime pourrait souffrir d’un déficit de soutien populaire et être constamment remis en cause.

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Du côté de la stabilité, la moindre défection d’un député mettra en péril l’ensemble de la coalition. Cette fragilité rappelle d’autres épisodes de la vie politique belge, notamment la crise de 2010–2011 (589 jours) où chaque voix comptait au sein du gouvernement fédéral.

Conséquences flamandes et perspectives

Cette rupture francophone fait également écho aux négociations en Flandre. Des partis comme Groen, VB et CD&V, souvent en décalage avec l’Open VLD, pourraient eux aussi lâcher le MR pour privilégier une majorité plus homogène. À Bruxelles, le MR doit décider s’il continue le bras de fer ou s’il se montre magnanime pour sauver la face et maintenir une représentation équilibrée.

Plusieurs questions restent en suspens : quel indépendant acceptera de rejoindre l’alliance à quatre ? Le MR infléchira-t-il sa position pour fournir le fameux 37e siège ? Et si la coalition éclate, quel impact sur la prochaine législature? À la veille de la séance d’investiture du nouveau gouvernement bruxellois, l’essentiel est clair : la bataille pour la légitimité et la survie politique ne fait que commencer.

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