Batterie de vélo : que faire quand on va au concert, au cinéma ou au spectacle ?

par | 15 Déc 2025 | Actualité de Bruxelles

Rate this post

Protéger sa batterie de vélo électrique : un casse-tête pour l’accès aux lieux culturels

De plus en plus de spectateurs se rendent à des concerts, au cinéma ou au théâtre à vélo électrique. Pour contrer les vols, on conseille de retirer la batterie et de l’emporter. Mais une fois devant le guichet, chaque salle applique sa propre règle : certains interdisent formellement ces batteries, d’autres les accueillent au vestiaire ou à l’accueil… au risque de soulever des questions de sécurité.

Un dilemme grandissant pour les cyclistes culturels

À Bruxelles comme à Liège, les deux-roues motorisés et les vélos électriques ont le vent en poupe. À la clé : moins de pollution, des embouteillages réduits, et un peu d’exercice avant le spectacle. Pourtant, la valeur de la batterie lithium-ion (25 à 40 % du coût total d’un e-bike) en fait un objectif de choix pour les voleurs urbains. Selon le Cirque royal, on observe environ douze dépôts de batteries par concert pour 2 000 spectateurs, un chiffre modeste mais en hausse régulière. Pour éviter que la batterie ne disparaisse, la parade conseillée par les associations cyclistes consiste à la retirer et à la garder sur soi : un vélo sans batterie perd toute attractivité commerciale. Le défi survient alors à l’entrée : où déposer cet élément encombrant ?

Des politiques d’accueil très variées selon les salles

La réponse dépend du lieu : à Forest National ou à l’Ancienne Belgique (AB), c’est « formellement interdit ». Les agents d’accueil justifient cette consigne par le risque qu’une batterie prenne feu et propage l’incendie aux autres batteries ou aux spectateurs. À Bozar, même politique, les cyclistes peuvent seulement garer leur vélo pliable. Au Forum de Liège, pas de vestiaire dédié : on se contente des arceaux publics, malgré leur saturation accrue depuis l’arrivée du tram.

Lire aussi :  Crise politique dans la Région bruxelloise : voici la chronologie du record mondial sans gouvernement de plein exercice

À l’inverse, le Botanique autorise le dépôt de la batterie à l’accueil, et le Palais 12 met gratuitement à disposition 150 lockers sécurisés qui restent largement sous-utilisés (10 % de taux d’usage). Le Cirque royal, faute de casiers anti-feu aux normes, garde jusqu’à douze batteries au rez-de-chaussée, dans le local de l’agent d’accueil. Le Théâtre des Galeries et le National se montrent aussi conciliants en acceptant le dépôt au vestiaire. UGC, côté cinéma, autorise même le rangement sous le siège, comme n’importe quel bagage.

Sécurité incendie : un cadre flou mais des exigences strictes

Interrogé, Walter Derieuw, porte-parole des pompiers bruxellois, confirme qu’« il n’existe pas de réglementation spécifique concernant ces batteries électriques ». En pratique, tout repose sur les préconisations de prévention que les services peuvent formuler lors des visites pour le permis d’environnement, puis sur la décision finale du bourgmestre. Toutefois, les recommandations restent sévères : isoler les batteries dans un local blindé, équipé de portes coupe-feu, d’un système de détection d’incendie et de sprinklers. Il existe même des armoires compartimentées anti-feu, mais leur coût et les contraintes d’installation freinent leur adoption dans les bâtiments existants.

Les pompiers insistent : « Les vestiaires ne sont pas un endroit idéal, car les vêtements augmentent la charge calorifique en cas de feu. » Dès lors, beaucoup d’exploitants jugent l’accueil des batteries trop risqué, préférant les interdire plutôt que de réaménager leur infrastructure.

Mobilité douce et infrastructures : un accueil encore trop timide

Laurence Lewalle, directrice d’Avello, déplore l’insuffisance d’espaces adaptés pour les cyclistes dans les lieux culturels. « On constate que les cyclistes sont de plus en plus nombreux, mais l’accueil n’est pas toujours au rendez-vous : peu d’emplacements graissés à proximité, des arceaux déjà saturés, et trop peu de possibilités pour déposer la batterie. » Elle dénonce un paradoxe : « On refuse une batterie de vélo pour des raisons de sécurité incendie, mais on tolère sans problème les bornes de recharge pour voitures électriques dans des sous-sols fermés. »

Lire aussi :  Bruxelles: la crèche de la Grand-Place taguée "Free Palestine"

Au-delà des salles de spectacle, les services municipaux offrent parfois des solutions complémentaires : l’AB recommande les parkings vélo gratuits des stations Bourse et De Brouckère (4 heures gratuites), et à Liège les cinémas des Grignoux orientent vers le parking Carré Jonfosse, avec plus de 50 places sécurisées accessibles 24 h/24 après inscription en ligne.

Perspectives et pistes pour harmoniser l’accueil

La question de la batterie électrique met en lumière un enjeux majeur : comment concilier promotion de la mobilité douce et impératifs de sécurité publique ? Plusieurs pistes émergent :

  • Instaurer une directive régionale harmonisée, imposant des normes mininum de stockage des batteries dans les établissements culturels, afin de lever la disparité des pratiques.
  • Encourager les propriétaires et gestionnaires de lieux à investir dans des casiers anti-feu certifiés, éventuellement subventionnés par la Région ou la commune.
  • Renforcer la lutte contre le vol de vélos : caméras de surveillance, patrouilles ciblées, sanctions plus dissuasives pour les voleurs de batteries.
  • Améliorer et promouvoir les infrastructures publiques de stationnement sécurisé (lockers, parkings couverts) autour des salles et cinémas.
  • Sensibiliser les spectateurs et cyclistes aux bonnes pratiques : ne pas oublier la batterie, prévoir un sac adapté, vérifier les heures gratuites ou réservations en amont.

À terme, c’est l’ensemble de la chaîne — de la conception des infrastructures aux politiques de prévention — qu’il faudra adapter pour garantir aux cyclistes un accès serein à la vie culturelle, sans compromis sur la sécurité.

0 commentaires

Articles Connexes