Agressions, menaces et insalubrité : Etterbeek accorde une prime de risques à ses inspecteurs de la propreté publique

par | 7 Jan 2026 | Actualité de Bruxelles, Infos pratiques de Bruxelles, Mobilité et urbanisme, Nouvelles locales

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Prime de risques à Etterbeek : un geste fort pour des métiers exposés

La commune d’Etterbeek devient la première de la Région bruxelloise à accorder une prime de risques annuelle de 1 000 € bruts à ses inspecteurs de la propreté publique. Cette décision entend reconnaître la violence physique et verbale, les contraintes horaires et les dangers sanitaires auxquels sont exposés ces agents de terrain.

Quand constater une infraction peut tourner au face-à-face violent

Chaque année, les huit membres de l’équipe d’inspecteurs de la propreté d’Etterbeek relèvent entre 800 et 1 000 infractions : mégots jetés sur la voie publique, dépôts clandestins, bouteilles brisées après 22 h… En mai dernier, un automobiliste surpris en flagrant délit de jet de mégots a porté un coup de poing au visage de l’agent, le projetant à l’hôpital. Quelques années plus tôt, des jeunes ont caillassé la voiture de patrouille et d’autres collègues ont reçu des gifles pour avoir rappelé l’interdiction de déposer du verre hors des bulbes de collecte après la tombée de la nuit.

« On essaie d’y aller très calmement, nous présentons notre carte et demandons une pièce d’identité. Si la personne ne coopère pas, le ton monte très vite », raconte Emre Alcayto, agent sanctionnateur. Avant l’arrivée éventuelle de la police, insultes, menaces et affrontements physiques peuvent éclater en quelques instants. Concrètement, ce contexte de tension permanente justifie, selon la commune, une indemnité de risque pour ces agents en civil qui patrouillent de jour comme de nuit.

Risques sanitaires et contraintes horaires : un quotidien sous tension

Au-delà des agressions, les agents de propreté sont confrontés à des dangers invisibles mais tout aussi préoccupants. Lorsqu’ils fouillent des sacs à ordures, gants et masques à l’appui, ils peuvent tomber sur des seringues usagées, des produits toxiques ou des déchets organiques en décomposition. « Il y a les risques sanitaires », précise Cédric De Myttenaere, responsable du service Plan de propreté. Sans compter l’amalgame possible lorsqu’ils interviennent en collaboration avec la police ou l’Agence pour la sécurité de la chaîne alimentaire.

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Par ailleurs, pour lutter efficacement contre les dépôts sauvages, certaines missions s’étalent tard le soir – jusqu’à 23 h en été – ou très tôt le matin. Les planques et heures supplémentaires deviennent la règle pour traquer les dépôts clandestins ou relever les déjections canines. Cette organisation, nécessaire sur le terrain, pèse fortement sur la vie privée et le bien-être des agents, justifiant pour la commune une forme de compensation financière.

Un geste budgétaire fort… mais limité

Dans un contexte d’économies communales, le bourgmestre MR Vincent De Wolf défend la prime comme un « geste fort ». Avec 8 000 € annuels supplémentaires pour l’ensemble de l’équipe, l’investissement semble modeste. Ramené à l’échelle individuelle, cela représente environ 83 € bruts par mois, un montant jugé « peu ou beaucoup » selon le maire, mais qui marque « une considération donnée par l’autorité ».

Pour les syndicats, cette indemnité est bienvenue, mais elle ne suffira pas à régler les problèmes structurels. Les critiques pointent l’absence de mesures complémentaires : formation à la gestion de conflits, soutien psychologique après incidents traumatisants, effectifs renforcés pour réduire la charge de travail. Certains agents considèrent la prime comme « un pansement sur une plaie profonde », tandis que d’autres craignent que cette reconnaissance financière ne masque des conditions de travail toujours aussi difficiles.

Inégalités territoriales : pourquoi Etterbeek fait-elle exception ?

En attribuant cette prime, Etterbeek se distingue à Bruxelles, où la plupart des communes n’ont pas de dispositif similaire pour leurs inspecteurs de propreté. À Anderlecht ou Schaerbeek, la propreté reste gérée sans indemnité de risque spécifique, même si les agents subissent des agressions comparables. À terme, cette mesure pourrait susciter des demandes identiques ailleurs, posant la question d’une harmonisation régionale des conditions de travail et des compensations financières des métiers de terrain exposés.

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Au niveau national, les primes de risques sont plus courantes pour la police et les pompiers, métiers historiquement reconnus comme dangereux. L’extension de ce principe aux métiers urbains de la propreté interroge sur la redéfinition de ce qui constitue une « profession à risque » et sur la cohérence des politiques publiques en matière de prévention et de reconnaissance des agents publics.

Prévention, répression ou éducation : vers une approche globale ?

La prime vise à valoriser la répression pour compléter la prévention civique. Pour le bourgmestre, sans sanction, la prévention « a ses limites » face à la mauvaise foi de certains pollueurs. Cependant, à long terme, la lutte contre l’incivilité pourrait gagner en efficacité si elle s’appuyait sur l’éducation citoyenne : campagnes de sensibilisation, médiation de voisinage, participation des écoles ou des associations locales.

Enfin, mesurer l’impact de cette prime nécessitera des indicateurs : réduction des agressions, baisse du turnover, amélioration du climat de travail. Au-delà du geste financier, il s’agit de savoir si cette prime changera durablement la perception des agents dans l’espace public et encouragera les citoyens à respecter les règles de propreté. À terme, Bruxelles pourrait s’inspirer de villes européennes comme Amsterdam ou Copenhague, qui complètent sanctions et primes par des programmes de prévention citoyenne et des formations continues pour leurs équipes de propreté.

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