Uccle dévoile le Linkebeek pour lutter contre inondations et canicules
La commune d’Uccle a lancé une enquête publique sur la réhabilitation du Linkebeek, un ruisseau disparu depuis les années 1960. Ce projet de remise à ciel ouvert vise à prévenir les inondations récurrentes et à créer un couloir de fraîcheur en zone urbanisée. Il représente un enjeu majeur pour l’adaptation climatique et la qualité de vie des riverains.
Un cours d’eau historique oublié
Autrefois, le Linkebeek serpentait librement autour de l’avenue de Beersel avant de rejoindre le Geleytsbeek au niveau du Keyenbempt. Lors de grands travaux d’urbanisation dans les années 1960, ce ruisseau a été dévié et entièrement enterré sous la chaussée de la Grote Baan. Privé de sa fonction hydrologique naturelle, il ne joue plus aujourd’hui son rôle de régulateur des eaux de pluie. Cette décision s’inscrivait alors dans une époque où on privilégiait l’essor de la voirie et de l’habitat, au détriment des milieux aquatiques urbains. Concrètement, la disparition du Linkebeek a contribué à la vulnérabilité du quartier face aux épisodes de fortes pluies et à la montée des températures estivales.
Objectifs hydrologiques et climatiques du projet
Le projet, soutenu par une pré-étude de Bruxelles Environnement, poursuit deux objectifs principaux. D’une part, il cherche à restaurer la fonction de régulation naturelle du ruisseau pour limiter les inondations. En pratique, l’ouverture du cours d’eau permettra de stocker et d’infiltrer les eaux pluviales lors d’orages violents. D’autre part, la création d’un « couloir de fraîcheur » vise à atténuer les ilots de chaleur urbains en réintroduisant un milieu humide propice à l’évapotranspiration. Ces deux dimensions répondent aux urgences climatiques d’une capitale confrontée à des étés de plus en plus chauds et à des pluies intenses, comme l’ont souligné plusieurs épisodes récents de crues locales.
Détails techniques, budget et calendrier
La première phase concerne un tronçon de 430 mètres entre la rue Courte Linkebeek et la rue Steenvelt. Elle représente un investissement de 718 000 euros TVAC. À terme, le coût total du projet, réparti en plusieurs phases jusqu’au Keyenbempt, dépassera les deux millions d’euros. Selon l’échevine du Climat et de l’Environnement, Maëlle De Brouwer (Ecolo), les travaux s’étaleront sur environ 200 jours calendrier. Mais, pour limiter les nuisances, ils se dérouleront majoritairement hors voirie. Cette organisation doit réduire l’impact sur la circulation et la vie de quartier, tout en permettant de creuser le lit du ruisseau, d’aménager ses berges et de poser les infrastructures de lutte contre la pollution.
Processus de concertation et réactions locales
Le lancement de l’enquête publique, le 6 janvier, marque le début d’un dialogue avec les habitants et les commerçants. La commission de concertation est programmée au 25 février. Durant cette période, le dossier peut être consulté en ligne ou sur rendez-vous à l’administration communale. Plusieurs questions émergent déjà de la part des riverains : quels seront les horaires de chantier ? Comment éviter les nuisances sonores et les vibrations ? Des craintes existent aussi sur l’évolution des propriétés longeant l’ancien cours d’eau, notamment en cas de débordement. Cependant, de nombreux résidents saluent l’initiative. Pour certains, la perspective d’un jardin public le long de l’eau fait naître l’espoir de vivre dans un cadre plus verdoyant et rafraîchissant.
Enjeux environnementaux et biodiversité urbaine
Au-delà de la gestion des eaux et du confort thermique, la renaturation du Linkebeek s’inscrit dans un objectif plus vaste de préservation de la biodiversité. En rouvrant le ruisseau, on recrée un habitat pour les plantes aquatiques, les amphibiens et les insectes pollinisateurs. À terme, ce couloir écologique pourrait se connecter à d’autres espaces verts bruxellois, formant une trame bleue et verte continue. Cette vision répond aux recommandations de la Directive Cadre sur l’Eau de l’Union européenne, qui encourage le bon état des masses d’eau, et s’inscrit dans une dynamique similaire observée à Liège, Zurich ou dans la proche banlieue parisienne.
Comparaisons et perspectives européennes
Des projets de déculvertage se multiplient en Europe pour réintégrer l’eau dans la ville. À Paris, en Seine-Saint-Denis, plusieurs ruisseaux sont déjà à nouveau visibles au grand jour, participant à la résilience urbaine face aux épisodes pluvieux extrêmes. En Suisse, Zurich a aménagé des talus et des prairies humides pour absorber l’eau de crue. À Bâle, la renaturation de l’Altenbach a transformé un ancien canal en un espace de loisirs et de biodiversité. Ces réalisations montrent qu’au-delà de l’aspect technique, le succès de tels chantiers dépend largement de la concertation, du budget et de l’engagement politique local.
Vers une ville plus résiliente et conviviale
Le projet de remise à ciel ouvert du Linkebeek est une réponse locale à un défi global : adapter nos espaces urbains aux dérèglements climatiques. Il illustre la nécessité de repenser les infrastructures héritées des Trente Glorieuses, souvent au détriment de la nature. Concrètement, pour Uccle, la réussite passe par une communication claire avec les habitants, une maîtrise des coûts et une intégration harmonieuse dans le tissu urbain existant. À terme, ce couloir de fraîcheur sera aussi un lieu de promenade, un espace de vie communautaire et un symbole d’une ville qui se tourne vers la durabilité. Reste à suivre les prochaines étapes de cette aventure, de l’ouverture du dossier à la commission de concertation jusqu’au démarrage effectif des travaux.


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