Transition énergétique : Wallonie et Bruxelles révisent leurs aides à la rénovation
Face aux objectifs européens de réduction des émissions de gaz à effet de serre et à la flambée des coûts énergétiques, la Wallonie et la Région bruxelloise réévaluent leurs mécanismes d’aide à la rénovation énergétique. Cette refonte, qui remplace progressivement les primes par des prêts à taux zéro ou préférentiels, promet une meilleure soutenabilité budgétaire, mais interroge l’accès des ménages les plus fragiles et la capacité des professionnels à tenir les délais.
Un tournant dans les aides à la rénovation énergétique
Concrètement, Bruxelles et la Wallonie s’alignent sur les ambitions climatiques de l’Union européenne. Pour atteindre les cibles PEB (Performance Énergétique des Bâtiments), la Wallonie vise un label A moyen en 2050, contre des étiquettes F et G majoritaires aujourd’hui. À Bruxelles, l’ordre est plus pressant : éliminer les « passoires énergétiques » (logements consommant plus de 275 kWh/m²) d’ici 2033. Actuellement, 43 % des appartements bruxellois et 21 % des ménages belges, selon Febelfin, manquent des ressources pour financer des travaux sans aides.
Les formules d’aide en Wallonie : primes et prêts jusqu’en 2026
En Wallonie, le régime hybride perdure jusqu’au 30 septembre 2026. Les propriétaires peuvent encore bénéficier de primes pour l’isolation, le remplacement de châssis ou l’installation d’une pompe à chaleur, à condition de :
- habiter un logement de plus de 15 ans destiné principalement au résidentiel ;
- respecter un plafond de revenus annuel à 122 800 € bruts ;
- faire réaliser, avant tout chantier, un audit énergétique par un auditeur agréé ;
- clôturer les travaux et envoyer le dossier complet avant la date butoir.
Passé ce délai, seules des formules de prêts à taux zéro ou préférentiels resteront accessibles. Mais le calendrier s’annonce serré. « Le gros problème, c’est le planning des entrepreneurs », prévient Jacques Fraipont du Guichet Énergie de Namur. Entre l’attente d’un devis et la disponibilité des couvreurs, finir avant la rentrée 2026 peut relever du pari.
Bruxelles bascule vers les prêts : avantages et incertitudes
La Région bruxelloise a déjà renoncé aux primes Rénolution depuis le 1er janvier 2025. Sur les 2 692 dossiers introduits en 2024, 56 millions d’euros vont être débloqués pour solder l’arriéré, mais aucune nouvelle aide directe n’est prévue pour 2025 et 2026. À terme, le soutien passera essentiellement par :
- des prêts à taux zéro – modalités et calendrier encore à finaliser ;
- le crédit Ecoreno du Fonds du logement, à taux préférentiel de 2,5 % à 3,5 % selon les revenus, jusqu’à 25 000 € pour un crédit à la consommation ou via un crédit hypothécaire.
Mais le flou persiste : « Les prêts à taux zéro doivent encore être discutés et la mise en place pourrait n’intervenir qu’en fin d’année », indique un responsable régional. En attendant, les ménages en difficulté se tournent vers Ecoreno, tandis que la confiance dans les dispositifs publics pâtit des retards de paiement.
Obstacles et défis : ménages précaires et goulets d’étranglement
Si les prêts offrent une charge budgétaire maîtrisée pour les Régions, ils risquent d’exclure ceux qui peinent déjà à boucler leurs fins de mois. Selon Febelfin, 21 % des ménages ne peuvent assumer un prêt, même à taux réduit. À Bruxelles, le passage brutal aux prêts a laissé 2 692 dossiers en suspens et crée une frustration croissante. En Wallonie, les traitements s’étalent sur près d’un an – les demandes déposées en avril 2024 ne sont toujours pas figurées – tandis que la date limite de septembre 2026 s’approche.
En pratique, la situation révèle deux goulots d’étranglement : d’une part, l’administratif peine à absorber un afflux massif de dossiers ; d’autre part, l’offre de main-d’œuvre qualifiée n’est pas extensible. Ce double blocage rend illusoire, pour beaucoup, l’objectif de finaliser des rénovations ambitieuses dans les temps impartis.
Quels enjeux pour atteindre les objectifs climatiques ?
À terme, réussir cette transition dépendra de plusieurs équilibres :
- l’accessibilité financière réelle, pour ne pas abandonner les ménages précaires ;
- l’équité entre Wallonie et Bruxelles, qui affichent aujourd’hui des conditions très disparates ;
- la capacité opérationnelle des acteurs du secteur à tenir les délais et la volumétrie des chantiers ;
- la transparence et la clarté sur les modalités des futurs prêts, pour restaurer la confiance ;
- la gestion budgétaire des arriérés, notamment les 56 millions d’euros mobilisés à Bruxelles.
À défaut, la Belgique pourrait manquer ses cibles PEB : un PEB moyen A en Wallonie à l’horizon 2050 et la disparition des passoires énergétiques à Bruxelles d’ici 2033. Dans cette course contre la montre, l’urgence écologique se heurte à la réalité sociale et à la capacité de l’État à concilier ambitions climatiques et équité territoriale.


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