Circuler dans et autour de Bruxelles en 2026 : chantiers, blocages et perspectives
En 2026, les Bruxellois se préparent à affronter une série de travaux majeurs sur leur réseau routier et autoroutier. Entre projets phares en cours, interventions gelées faute de consensus politique et perturbations côté flamand, les défis de mobilité s’accumulent. Que retenir de cette année charnière et comment la capitale peut-elle esquisser une évolution vers une mobilité plus fluide ?
Des chantiers phares toujours en cours
Bruxelles Mobilité confirme la poursuite de plusieurs réaménagements structurants pour 2026. Le réaménagement de la place Sainctelette, point névralgique entre Molenbeek et la commune de Bruxelles-Ville, se prolonge jusqu’en 2027. Concrètement, il vise à décongestionner les accès au ring et à offrir de nouveaux espaces piétons et cyclables. Plus à l’est, le rond-point Schuman, à proximité des institutions européennes, doit lui aussi rester en chantier jusqu’à la fin de l’année pour renforcer la sécurité des piétons et simplifier les flux de bus et tram.
En parallèle, la chaussée de Mons à Anderlecht, artère essentielle pour les navetteurs du sud de la Région, fait l’objet d’une rénovation de la voirie et des aménagements cyclables. À l’entrée de l’avenue Louise, le rond-point Louise est également reconfiguré pour améliorer la lisibilité du réseau de transports publics et limiter les conflits d’usage entre voitures, tram et deux-roues.
En transport en commun, Bruxelles Mobilité prévoit un rafraîchissement de deux stations de métro de la ligne 5 – Delta et Herrmann-Debroux – pour moderniser les équipements, notamment la signalétique et les systèmes de ventilation. Ces travaux, plus discrets que ceux de voirie, cherchent à réduire l’impact sur les voyageurs tout en garantissant la sécurité des infrastructures.
Des projets mis en pause faute de consensus politique
Cependant, plusieurs opérations prévues ne verront pas le jour en 2026. En l’absence d’un gouvernement régional clairement constitué et d’un accord sur le financement, Bruxelles mobilite a décidé de repousser les travaux sur la chaussée de Ninove à Molenbeek, entre le ring et le boulevard Mettewie. De même, la place de la Reine à Schaerbeek et l’avenue Charles-Quint à Ganshoren restent à l’arrêt.
Beliris, l’organisme fédéral chargé de certains réaménagements urbains, a quant à lui reporté au-delà de 2026 le réaménagement de l’avenue de la Toison d’Or à Ixelles, entre les portes de Namur et Louise. Alors que les permis sont accordés, aucune date de démarrage ferme n’a pu être fixée. En pratique, ces reports créent une incertitude durable pour les commerçants et les riverains, déjà pénalisés par des préparatifs parfois longs et coûteux.
Perturbations côté flamand et sur le ring
Autour de la Région bruxelloise, l’Agence flamande pour les routes et le trafic (Wegen en Verkeer) annonce des fermetures ponctuelles de l’E40, principale autoroute liant Bruxelles à Liège. Fin janvier, la section de Bertem sera totalement fermée du samedi 31 janvier au dimanche 1er février pour des travaux de chaussée, tandis que la traversée de Grand-Bigard fera l’objet de fermetures nocturnes sur quatre nuits pour finaliser la construction d’un nouveau pont. À Machelen, l’intersection du boulevard de la Woluwe et de la chaussée de Haecht, en chantier depuis 2020, devrait prendre fin en 2026, allégeant enfin un point noir de la périphérie.
Au nord, l’entretien approfondi de la chaussée de l’A12 à Meise à partir du printemps entraînera des ralentissements supplémentaires sur un axe déjà engorgé. Ces fermetures partielles s’ajoutent à la liste des perturbations qui impactent quotidiennement le ring bruxellois, accentuant les temps de trajet et la fatigue des navetteurs.
Une gouvernance éclatée à Bruxelles
La situation actuelle reflète la complexité de la gouvernance en Belgique. À Bruxelles, plusieurs niveaux d’administration – région bruxelloise, communes, Beliris et agences de mobilité – doivent coopérer pour lancer et piloter les chantiers. Concrètement, sans gouvernement régional pleinement opérationnel et sans entente sur le plan financier, la coordination des travaux devient un casse-tête administratif.
À terme, cette paralysie politique freine l’évolution de la capitale vers une mobilité durable et cohérente. En outre, le manque de visibilité sur les calendriers alimente l’insatisfaction des usagers, qui subissent à la fois des travaux imprévus et des reports successifs. Dès lors, la question de la planification à long terme se pose : comment définir une vision claire si les décideurs ne peuvent s’accorder sur les priorités ?
Conséquences pour les usagers et l’économie locale
En pratique, les Bruxellois font face à des itinéraires de délestage, à des embouteillages prolongés et à la multiplication des déviations. Les cyclistes, déjà fragilisés par la discontinuité des voies cyclables, se retrouvent parfois déviés sur des axes non protégés. Pour les commerçants riverains, ces perturbations freinent la fréquentation des clients et pèsent sur le chiffre d’affaires.
Sur le plan économique, les retards coûteux des projets retardent aussi les bénéfices attendus des infrastructures modernisées. Selon certaines estimations, un blocage prolongé représenterait plusieurs dizaines de millions d’euros de pertes pour l’économie régionale. À cela s’ajoutent des surcoûts de gestion et des pénalités en cas de délais prolongés, sans compter l’impact sur la qualité de vie et la santé publique en raison des pollutions associées au trafic ralenti.
Vers une mobilité plus durable : perspectives et alternatives
Face à ces défis, des solutions alternatives émergent. Plusieurs start-up bruxelloises proposent des plateformes de covoiturage dynamique adaptées aux perturbations prévues. De nouvelles lignes de bus de rabattement vers le métro sont envisagées pour désengorger les axes en travaux. Certaines communes développent des « zones de mobilité partagée » où riverains et usagers coopèrent pour mutualiser l’utilisation d’espaces de stationnement et de livraison.
À plus long terme, l’achèvement du futur tram vers l’aéroport, dont les travaux démarreront dans les prochaines semaines, illustre une autre facette de la transition : favoriser les transports en commun pour réduire la dépendance à la voiture individuelle. De même, la cyclostrade de 6,5 km entre Anderlecht et Laeken, inaugurée à la rentrée scolaire précédente, montre que des réalisations rapides et concertées restent possibles.
En conclusion, si 2026 s’annonce encore une année de chantiers lourds et de retards, elle pourrait aussi être l’occasion de repenser la gouvernance de la mobilité bruxelloise. À condition que les acteurs politiques, administratifs et économiques réussissent enfin à s’accorder sur un calendrier stable et un budget partagé, la capitale peut transformer ces contraintes en opportunités pour une ville plus fluide, plus verte et plus résiliente.


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