Bilan politique 2025 : De Wever, Bouchez et la Belgique en quête de stabilité
En 2025, la scène politique belge a été transformée par l’ascension de Bart De Wever, la posture atypique de Georges-Louis Bouchez et une crise inédite à Bruxelles. Entre réformes structurelles, négociations sans fin et craintes de « flamandisation », le pays se retrouve à un moment charnière pour son unité et son fonctionnement institutionnel.
Bart De Wever : le nationaliste flamand devenu pilier fédéral
Depuis sa victoire aux élections de 2024, Bart De Wever s’est imposé comme la personnalité politique la plus marquante de l’année. Concrètement, son serment de fidélité au roi et le vote de confiance obtenu presque à l’unanimité pour son gouvernement ont créé une rupture dans le paysage communautaire. Pour beaucoup, il symbolise désormais la continuité et la rigueur dans un contexte européen incertain. Cette image de robustesse a même séduit un public francophone qui, il y a peu encore, le voyait avant tout comme un leader séparatiste.
En pratique, son gouvernement dit « Arizona » conduit des réformes budgétaires ambitieuses, saluées par le FMI, mais jugées parfois inégalement réparties entre Wallons et Flamands. Par exemple, l’ajustement des allocations de chômage pèse davantage sur les travailleurs francophones tandis que la réforme des pensions touche plus fortement la Flandre. Ce déséquilibre soulève un débat classique sur la « flamandisation » des politiques fédérales. Pourtant, certains observateurs estiment qu’il est encore trop tôt pour affirmer qu’un basculement profond est en cours.
Cependant, malgré ce succès politique, De Wever lui-même semble nuancer ses ambitions à long terme. Plusieurs voix au Centre de recherche et d’information sociopolitiques notent qu’il pourrait renoncer à poursuivre au-delà de 2029, prouvant qu’il n’aspire pas à un rôle international mais envisage un retour à Anvers où il se dit prêt à reprendre une carrière locale.
Georges-Louis Bouchez : l’opposant stratégique qui brouille les lignes
Aux côtés de la stature ferme du Premier ministre, Georges-Louis Bouchez incarne l’opposé par son agitation constante et sa campagne politique quasi permanente. En refusant d’entrer au gouvernement fédéral, le président du Mouvement Réformateur a choisi de conserver la liberté de critique et de se présenter comme le défenseur sans compromis de son électorat.
Ce positionnement singulier sert un double objectif : il renforce sa visibilité médiatique tout en le plaçant en première ligne de l’opposition aux décisions budgétaires. Mais, pour beaucoup, cette stratégie est problématique en ce qu’elle va à contre-courant de la logique des institutions. Les signaux politiques en deviennent flous, et il devient difficile pour le citoyen de savoir quand un accord fédéral est définitif et quand il doit encore être renégocié.
En outre, la juxtaposition d’un Premier ministre cherchant à stabiliser la majorité et d’un président de parti en campagne permanente engendre un sentiment de négociation perpétuelle. Pour l’heure, ces tensions se traduisent par un calendrier budgétaire sans date butoir claire et des mesures parfois annoncées puis reportées, alimentant une défiance de plus en plus forte à l’égard des responsables politiques.
Négociations interminables et réformes enchevêtrées
Depuis l’installation du gouvernement Arizona, le mot d’ordre semble être « négocier » sans cesse. Chaque réforme – qu’il s’agisse des allocations de chômage, des pensions ou encore des finances publiques – se trouve emportée dans un va-et-vient permanent entre les partis. À chaque annonce succède un correctif, puis un nouveau report, ce qui affaiblit la lisibilité et la crédibilité des décisions.
Concrètement, les citoyens wallons perçoivent davantage les effets de la réforme du chômage, tandis que la Flandre est davantage concernée par l’allongement de la durée de cotisation pour les pensions. Ce double impact creuse un fossé entre les deux grandes régions et nourrit le discours d’une « Belgique à deux vitesses ». À terme, certains craignent que l’absence de compromis clair ne conduise à une profonde désaffection civique.
Pour l’heure, le gouvernement se félicite du soutien du Fonds monétaire international, qui juge ces réformes indispensables pour l’équilibre budgétaire. Mais, en pratique, leur mise en œuvre dépend de la capacité des partenaires à trouver un terrain d’entente avant la prochaine échéance électorale. Or, jusqu’à présent, les désaccords semblent l’emporter sur le consensus.
La crise historique à Bruxelles : 556 jours d’impasse
Bruxelles entre désormais dans l’histoire avec 556 jours sans gouvernement régional, un record qui illustre l’incapacité des partis à franchir la ligne d’arrivée. Cette paralysie n’était pas prévisible, tant l’attention nationale s’était tournée vers la mise en place du gouvernement fédéral.
Pourtant, dès le soir des élections, plusieurs signaux étaient au rouge : un transfert massif de voix de francophones vers néerlandophones et l’irruption de la liste Fouad Ahidar, qui a remporté trois sièges. Au lieu de profiter de ces résultats pour négocier rapidement, les formations ont enchaîné les prétextes – élections communales, discussions fédérales, discussions budgétaires – pour repousser l’échéance.
À chaque fois que la balle était remise dans le camp des partis régionaux, le blocage se confirmait. Les tentatives récentes de composition, qualifiées de « coalition Guinness », n’ont pas permis de dégager une majorité viable pour réformer les structures bruxelloises. Sans une nouvelle dynamique, le redémarrage reste improbable avant les élections de 2029.
Enjeux et perspectives pour l’unité belge
Alors que la Belgique se prépare à célébrer son bicentenaire, l’unité du pays apparaît plus fragile que jamais. La crainte d’une « flamandisation » de la politique fédérale, alimentée par des réformes perçues comme favorables à la Flandre, suscite des débats passionnés. Au-delà des chiffres, c’est la cohésion nationale qui est en jeu.
En pratique, plusieurs défis doivent être relevés d’ici 2029 : rétablir une majorité claire dans les institutions régionales, garantir une équité de traitement entre toutes les communautés et redonner confiance aux citoyens dans la capacité de leurs élus à agir de façon stable et prévisible. À terme, l’élection de 2029 sera un nouveau test de maturité démocratique pour un pays aux équilibres toujours délicats.
Pour l’heure, l’horizon reste incertain. Seule certitude : d’autres personnalités émergeront, d’autres crises se profileront et la Belgique devra une fois encore composer avec sa complexité institutionnelle. Le défi principal restera le même : faire de la diversité communautaire une force plutôt qu’un obstacle à l’action politique.


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