Grève en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) : un impact très contrasté dans les communes bruxelloises

par | 16 Déc 2025 | Actualité de Bruxelles

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Grève en Fédération Wallonie-Bruxelles : un impact très divergent à Bruxelles

Le mouvement de grève lancé dans l’enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a eu des répercussions très inégales selon les communes bruxelloises. Alors que certaines villes ont assuré un service quasi normal, d’autres, comme Ixelles, ont vu une majorité de crèches et de garderies fermer leurs portes. Comment expliquer ces contrastes et quelles conséquences sur les familles ?

Un mouvement social fragmenté selon les communes

Le jour de grève, les bourgmestres bruxellois ont dressé des bilans très disparates. À Auderghem, Sophie de Vos souligne que toutes les crèches restaient ouvertes, même si deux d’entre elles ont dû fermer partiellement certaines sections par manque de personnel. Les écoles communales ont, quant à elles, assuré la tenue des cours mais suspendu l’accueil extra-scolaire dans trois établissements, tandis que l’une d’elles annulait purement et simplement les cours, offrant juste une présence d’accueil pour les enfants.

À l’autre extrémité du spectre, Ixelles a connu un mouvement « très largement suivi », avec 85 % des écoles impactées et près de 70 % des places en crèche fermées. Dans cette commune, de nombreux parents ont dû venir récupérer leur enfant dès 15 h 30, à la fin des cours, faute de garderie disponible. Entre ces deux cas, des situations plus « modérées » se rencontrent : Uccle et Anderlecht ont rapporté un fonctionnement normal des écoles et des crèches, avec seulement quelques fermetures isolées. Etterbeek a enregistré l’une des plus faibles participations, avec seulement sept enseignants grévistes sur 250.

Des traditions syndicales et une culture politique multiples

Concrètement, ces écarts reflètent la structuration locale des syndicats et la tradition de dialogue social dans chaque commune. Ixelles, historiquement ancrée à gauche et dotée d’un tissu associatif et syndical dense, constitue un terreau favorable à une plus forte mobilisation. À l’inverse, Etterbeek et Uccle, souvent plus centrées politiquement, voient une adhésion moindre aux appels à la grève dans le secteur public.

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Mais au-delà des orientations politiques, la taille et l’organisation des services communaux jouent également un rôle. Les grandes crèches communales d’Ixelles peinent à constituer des équipes de réserve quand une partie du personnel rejoint le mouvement social. Dans des communes plus petites, comme Saint-Josse, où seules deux crèches ont connu des perturbations, la structure compacte permet de réaffecter plus rapidement le personnel disponible.

Les familles face à un casse-tête quotidien

Pour les parents, la grève a réactivé une problématique bien connue : l’articulation entre responsabilités professionnelles et obligations familiales. Les fermetures massives de garderies avant et après l’école, jusqu’à 70 % à Ixelles, ont conduit de nombreux salariés à poser un jour de congé ou à trouver un·e baby-sitter en urgence. Pour les familles monoparentales et celles où les deux parents travaillent, cette déstabilisation peut se traduire par une perte de revenu ou une mince organisation de rechange.

En pratique, la suspension de l’accueil extra-scolaire pose un défi supplémentaire : l’école n’est plus perçue comme un mode de garde continu. Or, ces services sont essentiels pour assurer la sécurité des enfants avant 8 h et après 16 h. Plusieurs témoignages de parents soulignent une insatisfaction quant au manque d’information préalable : « J’ai appris la veille uniquement que la garderie ne fonctionnerait pas », confie une maman active. Les préavis tardifs renforcent le sentiment d’abandon des familles dans l’urgence.

Des enjeux structurels pour l’enseignement et la petite enfance

Au-delà du droit de grève, inscrit dans la Constitution et reconnu par les conventions internationales, ces tensions mettent en lumière les fragilités structurelles du secteur. Le sous-effectif chronique dans les crèches et les moyens limités alloués à l’enseignement communautaire francophone créent des tensions récurrentes. Les syndicats dénoncent des conditions de travail dégradées, des grilles salariales peu attractives et des effectifs d’enfants par groupe trop élevés pour garantir un encadrement de qualité.

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Concrètement, les fermetures partielles ou totales des sections en crèche – quatre sur onze sections fermées à Etterbeek, une sur neuf à Anderlecht – révèlent un mode de fonctionnement en flux tendu. Quand une partie du personnel fait grève, aucune marge de manœuvre n’existe pour assurer la continuité du service. Les syndicats réclament un renforcement des équipes, une revalorisation des salaires et une meilleure reconnaissance de la petite enfance comme enjeu éducatif à part entière.

Perspectives : mieux coordonner pour préserver le service public

À terme, plusieurs pistes pourraient limiter les inégalités d’impact entre communes et atténuer les désagréments pour les familles. D’abord, allonger les délais de préavis, comme c’est le cas en Allemagne ou aux Pays-Bas, permettrait aux administrations et aux parents de s’organiser. Ensuite, instaurer des équipes de garde minimum, sur le modèle de certains pays nordiques, garantirait un accueil minimal dans chaque établissement.

Par ailleurs, une plateforme de communication centralisée, pilotée par la Fédération Wallonie-Bruxelles et relayée par les communes, offrirait une information unifiée et actualisée en temps réel. Les enseignantes et les puéricultrices pourraient ainsi signaler dès l’annonce de la mobilisation les services qu’elles comptent assurer, et les parents seraient informés sans délai.

Enfin, un renforcement des moyens, via un plan pluriannuel d’investissement dans la petite enfance et l’enseignement, répondrait aux revendications de fond sur l’amélioration des conditions de travail. En concertation avec les syndicats, les associations de parents et les autorités communales, ces mesures pourraient concilier le droit de grève et la continuité du service public, garantissant ainsi à la capitale un accueil plus équitable des enfants.

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