Un gouvernement bruxellois de centre-gauche ? Plongée dans la coalition « Guinness » après 554 jours d’impasse
Après plus d’un an et demi sans exécutif, le formateur Yvan Verougstraete (Les Engagés) a bouclé lundi 16 décembre un premier tour de table jugé « constructif » par Sophie Rohonyi (DéFI). Cette dynamique plaide en faveur d’une coalition dite « Guinness » de sept partis de centre-gauche, présentée comme la solution la moins irréaliste pour sortir la Région bruxelloise de sa crise politique et budgétaire.
Une crise politique inédite et ses conséquences
Depuis mai 2023, Bruxelles détient un triste record : 554 jours sans gouvernement régional, un vide institutionnel exceptionnel dans l’histoire fédérale belge. En pratique, cette absence d’exécutif entrave la prise de décisions stratégiques dans des domaines clés tels que la mobilité, le logement ou la santé. Les dépenses courantes sont assurées, mais les projets d’envergure peinent à avancer. Concrètement, les nouveaux investissements dans les transports publics restent en suspens alors que le réseau bruxellois demande une réforme urgente. À terme, la persistance de ce blocage menace la qualité des services publics et la crédibilité de l’institution auprès des citoyens.
La coalition « Guinness » : acteurs et premières convergences
Le terme « Guinness » fait référence de manière ironique au célèbre guide des records, soulignant le caractère inédit de sept partis réunis pour gouverner la capitale de l’Europe. Cette alliance réunit Les Engagés (ancien CDH francophone), le PS, Ecolo, DéFI, Groen, Vooruit et le CD&V. Ensemble, ces formations totalisent 72 sièges sur 149, soit une majorité confortable mais fragile. Sophie Rohonyi a confirmé que son parti participe aux réunions exploratoires qui débuteront autour de dix grandes thématiques sans pour autant entrer immédiatement en phase de négociations formelles. Himad Messoudi, sur l’antenne de la RTBF, note un climat « positif », contrastant avec la défiance qui régnait sous la précédente majorité MR-PS-Ecolo.
Des réunions exploratoires aux priorités stratégiques
Concrètement, les discussions porteront sur dix axes jugés cruciaux pour l’avenir de la Région : l’équilibre budgétaire, la mobilité, le logement, la sécurité, l’emploi, la cohésion sociale, l’éducation, l’environnement, l’administration et le financement communal. DéFI, par la voix de sa présidente Sophie Rohonyi, a déjà affiché ses priorités : revenir à l’équilibre budgétaire d’ici 2029 grâce à 1,2 milliard d’économies, rationaliser les administrations bruxelloises et obtenir un « juste refinancement » de la région. Cette feuille de route marque une volonté de clarté, mais souligne aussi l’ampleur de la mission : réduire le déficit tout en respectant les engagements sociaux et écologiques.
Les tensions et fragilités d’une coalition à sept
Des sensibilités idéologiques parfois opposées
Au cœur de la coalition, des forces divergentes risquent de se heurter. Les écologistes d’Ecolo et Groen, porteurs d’ambitions fortes en matière de mobilité douce et de transition énergétique, pourraient entrer en conflit avec le PS et DéFI s’agissant des coupes budgétaires. En pratique, arbitrer entre le maintien d’un haut niveau de services publics et la nécessité de réaliser 1,2 milliard d’économies impose des choix délicats, susceptibles d’affaiblir la cohésion interne dès le premier budget.
Entre communautaire et institutionnel
Une autre ligne de fracture potentielle concerne les sensibilités linguistiques et territoriales. La Région bruxelloise, bilingue, doit ménager les attentes flamandes (Groen, CD&V, Vooruit) et francophones (PS, Les Engagés, DéFI). Par exemple, les communes à majorité francophone redoutent une répartition inégale des ressources, tandis que celles dirigées par le MR, exclu de la coalition, s’interrogent sur leur place dans les futures décisions régionales. D’ici fin décembre, ces questions d’équilibre communautaire risquent de complexifier les tables rondes exploratoires.
Perspectives et scénarios pour Bruxelles
Si les explorations se traduisent par un accord de principe avant la fin de l’année, le formateur Yvan Verougstraete pourra présenter une note de synthèse aux présidents de partis et préparer le scrutin d’investiture au Parlement bruxellois. Cependant, plusieurs scénarios sont envisageables : une validation rapide de la coalition suivie d’un vote de confiance, une prolongation des discussions sur certains dossiers épineux, voire un échec si les divergences budgétaires ou communautaires deviennent irréconciliables.
À terme, la réussite de la coalition Guinness dépendra de sa capacité à maintenir un équilibre entre rigueur financière et réponses sociales, tout en préservant la cohésion entre sept partenaires hétérogènes. Cette option centre-gauche demeure, pour l’heure, la voie la plus prometteuse pour sortir Bruxelles de son marasme politique et budgétaire. Mais la route vers un gouvernement stable et efficace reste semée d’embûches.


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