Berchem-Sainte-Agathe installe le premier « territoire zéro chômeur » de Bruxelles
Le CPAS et la commune de Berchem-Sainte-Agathe ont inauguré Work@Berchem, première entreprise à but d’emploi (EBE) du projet « Territoires zéro chômeur de longue durée » en région bruxelloise. L’initiative vise à proposer des emplois durables à des résidents sans activité depuis plus d’un an, tout en répondant à des besoins locaux de services de proximité.
Un coup d’envoi pour répondre au chômage de longue durée
Concrètement, Work@Berchem s’adresse aux habitants de Berchem-Sainte-Agathe inscrits comme chômeurs depuis au moins douze mois. L’objectif est de rompre l’isolement social et professionnel qui s’installe au fil du temps en proposant des postes adaptés aux compétences et aux envies des bénéficiaires. Marc Hermans, président du CPAS, souligne que l’entreprise place d’abord « les personnes au chômage de longue durée au centre de l’action, en leur donnant la possibilité de travailler dans des fonctions utiles au quartier et pour le quartier ».
Les activités retenues reposent sur un diagnostic réalisé au sein du Comité local pour l’emploi, où habitants et partenaires associatifs ont recensé les manques du quartier. Il s’agira principalement d’entretien de petits espaces verts, de petits travaux d’entretien dans les habitations et de chantiers légers. Selon la chargée de projet Stéphanie Housiaux, l’idée est désormais de concrétiser ces besoins en créant des emplois ponctuels à durée indéterminée, financés partiellement par le CPAS et la commune.
Un modèle inspiré mais adapté au contexte bruxellois
Le modèle « Territoires zéro chômeur » trouve son origine en France, où il a été lancé en 2016. Il repose sur l’idée que le chômage de longue durée ne tient pas uniquement à l’individu, mais à l’absence d’emplois correspondant aux besoins locaux. En Wallonie, plusieurs projets pilotes ont déjà vu le jour depuis 2021, avec des premiers bilans positifs sur le bien-être des participants.
À Bruxelles, le défi est d’autant plus grand que le taux de chômage dépasse la moyenne nationale et que la population est très hétérogène. Le partenariat entre le CPAS et la commune de Berchem-Sainte-Agathe illustre une volonté politique locale de s’emparer de la question. Le bourgmestre Christian Lamouline insiste sur la portée sociale du dispositif : « remettre au travail des demandeurs d’emploi afin de fournir des services utiles aux habitants ». Il plaide aussi pour une extension à l’ensemble de la commune si le dispositif apporte les résultats escomptés.
Enjeux sociaux et économiques pour la collectivité
Work@Berchem cherche à concilier deux objectifs : offrir une source de revenus et créer du lien social. Pour les bénéficiaires, il s’agit d’une opportunité de retrouver un rythme professionnel et de regagner en confiance. Cette remise en action peut aussi limiter les dépenses publiques liées à l’assistance sociale et à la santé mentale, souvent accrues chez les chômeurs de longue durée.
Du point de vue communal, les travaux d’entretien, bien qu’élémentaires, s’inscrivent dans une logique de maintien du cadre de vie qui bénéficierait à l’ensemble des résidents. En pratique, ces chantiers légers et l’entretien des espaces verts pourraient réduire les coûts de sous-traitance et favoriser un modèle circulaire où la commune soutient l’initiative et récupère une partie de l’investissement par un service localisé et à moindre coût.
Débats et limites du modèle « entreprise à but d’emploi »
Cependant, plusieurs questions se posent. D’abord, la qualité des emplois proposés : le risque est de cantonner les participants à des tâches faiblement qualifiées, sans formation ni perspectives d’évolution vers le secteur marchand classique. À terme, sans accompagnement complémentaire — formation, coaching ou suivi psychologique — l’initiative peut devenir une forme d’emploi précaire.
Ensuite, le modèle dépend fortement des subventions publiques. Si les budgets du CPAS ou de la commune étaient revus à la baisse, la pérennité de Work@Berchem pourrait être menacée. Enfin, certains craignent un effet d’aubaine : des entreprises privées pourraient sous-traiter à l’EBE des services qu’elles devraient assumer, fragilisant ainsi le marché du travail local plutôt que de le renforcer.
Perspectives et conditions de réussite
Pour que l’expérience réussisse, plusieurs conditions doivent être réunies. Il faudra d’abord un suivi rigoureux des parcours : combien de personnes passeront d’un contrat EBE à un emploi classique ? Quel est le taux de maintien en poste après plusieurs mois ? Ces indicateurs permettront d’évaluer l’impact réel de Work@Berchem.
Par ailleurs, la coopération entre services publics, associations, habitants et acteurs privés sera déterminante. Les retours du Comité local pour l’emploi devront alimenter l’ajustement des missions et des volumes d’heures de travail. Enfin, la communication autour des succès comme des difficultés pourra servir de vitrine à d’autres communes bruxelloises, prêtes à s’engager à leur tour.
À terme, si le modèle se montre viable à Berchem-Sainte-Agathe, il pourrait devenir un levier de lutte contre le chômage de longue durée dans d’autres quartiers bruxellois, voire dans l’ensemble de la région. L’enjeu est double : réduire la fracture sociale provoquée par l’inactivité prolongée et réinventer un emploi de proximité, véritable trait d’union entre l’action publique et la vie quotidienne des habitants.


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